Béliers, Broderie Et Cheveux Naturels : Quand Le Folklore Bouscule L’indispensable

  • Source: : Sud Quotidien | Le 24 août, 2017 à 16:08:00 | Lu 3897 fois | 5 Commentaires
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Béliers, Broderie Et Cheveux Naturels : Quand Le Folklore Bouscule L’indispensable

A moins de 10 jours pour la fête de l’Aïd El Kébir, Dakar est bondé de moutons. Les marchés sont devenus le théâtre des préparations de la fête de l’Eid El Kébir. Une fête devenue une affaire de tous. C’est la traite des couturiers, marchands et autres coiffeuses. Alors que des pères de familles se battent pour leurs obligations religieuses ; certaines femmes, elles, se préoccupent de leurs habillements, avec des dépenses qui frôlent l’indécence.
 
La traite des jeunes «entrepreneurs»
 

Nous sommes à la Sicap. La Rue 10 est bondée de bergeries.  Des béliers à cornes annelées, en spires très contournés à perte de vue. Il y en a toutes les catégories. Et certainement pour toutes les bourses ? Tout ça dans une bonne ambiance et une atmosphère apaisée ponctuées de discussions taquines et de verres de thé ça et là.
 
La Tabaski est tout simplement devenue une «traite» pour certains jeunes. Comme le Ramadan, pour les «prêcheurs»
Saliou Diallo, un artiste de 32 ans, pratiquant de la musique à l’approche de chaque Tabaski témoigne : «On nous loue pas cet espace, il faut juste une autorisation à la mairie pour installer sa bergerie. Je fais ce business depuis longtemps mais l’année passée, je n’ai pas pu, parce que chaque année, j’allais chercher du financement pour aller dans la sous-région, acheter et revendre à Dakar. L’année passée, j’ai tardé à percevoir le financement que j’avais demandé, raison pour laquelle cette fois-ci j’ai préféré démarrer mes économies. Il y a toutes les catégories et toutes les bourses. Là, je continue d’acheter pour revendre parce que Dieu merci, ça s’écoule vite et je ne veux pas m’en arrêter là».
 
Des jeunes comme Saliou Diallo sont nombreux à cette période à s’adonner à cette activité de vente de moutons.  C’est le cas de Cheikh Diop qui est un menuisier métallique. Un homme à l’allure d’un lutteur est tranquillement assis sous l’ombre en face de sa bergerie.

Il confie : «J’en suis en ma 15ème  année, maintenant (rires). En ce moment, j’ai laissé mon atelier avec mes employés et je viens ici tous les jours m’occuper de ma fameuse bergerie. Vous voyez comme ils sont beaux, je dispose des meilleurs (sic) et ceci n’est que le résultat d’une patience et d’un investissement d’un bon élevage. A part la menuiserie, je suis éleveur, ma bergerie est à côté de mon atelier. Et je continuerai dans ce business parce que j’y trouve mon compte. C’est grâce à ce commerce que j’ai acheté du matériel pour ma chambre à coucher ; que j’ai épousé une femme et d’autres problèmes financiers que je règle de par ce que je gagne. Il ne faut pas négliger. Il y a même des cadres qui investissent dans la vente du bétail, parce que c’est devenu une affaire lucrative. Concernant la vente, je vais me procurer du bétail à Toubatoul pour renforcer mais à une quantité minime. Mes prix varient de 125.000fcfa à 450.000fcfa. Même s’ils peuvent aussi dépasser cette fourchette». On note un important dispositif sécuritaire mis en place par les vendeurs. Ce qui démontre leur capacité d’organisation.
 
FOLIE DE FEMMES
 
Autre lieu, autres préoccupations. Au marché Sandaga, la température de la fête est palpable. Les bouchons ont repris. Piétons et voitures se disputent la chaussée.  A la Galerie, sise à la Rue de Thiongue, ce sont les bruits de machine qui vous accueillent. Des tailleurs devant leurs machines à coudre enfilent ou désenfilent. Le fil dans l’aiguille, d’autres manient des étoffes en se concentrant sur le design de la broderie.
 
Khadim Thiam se confie : «On m’appelle Khadim «Taille basse». Galerie est un espace spécialement pour l’habillement qui abrite plus de 60 tailleurs, sans compter les vendeurs de tissus et de garnitures. Toutes les fournitures dont un couturier a besoin pour confectionner une tenue, sont disponibles à proximité. Quand une cliente entre ici, elle peut acheter le textile de son choix, les accessoires qui doivent aller avec pour ensuite choisir parmi les nombreuses maisons de couture qui sont là pour faire sa commande. Je travaille ici depuis 25 ans et à chaque approche de la Tabaski, on accélère le travail pour satisfaire nos clients. Il n’y a pas de répits, nous fonctionnons jusqu’à 4 heures. Sincèrement, je ne me plains pas. Dieu merci. En ce moment, j’ai haussé mes tarifs à 25.000 F Cfa l’unité».

Pour bien se saper, il y’a ici une large gamme pour le choix. Les victimes de la mode tradi-moderne seront satisfaites dans cet univers de la mode où les tissus, garnitures et modèles forment un cocktail de style qui met surement les femmes dans l’embarras de choix. Pourtant le vendeur de tissu, Abdoulaye Touré clame que les affaires ne marchent pas.
«Je vends toutes sortes de tissus sauf le Bazin et le geztner. Il y’a un large choix pour les clients, de toutes les bourses. Les prix varient selon la qualité. D’ailleurs, la demande des tissus chers prime sur les commandes bon marché. Les femmes aiment tout ce qui reflète de la valeur et les couleurs flashées. Elles dépensent sans compter. C’est de la folie».
 
FEU EN COULEUR CANITIE EN VOGUE
 
Baldé est réputé au marché zinc de Pikine pour ses produits cosmétiques mais surtout pour sa bonne qualité de cheveux naturels. «Depuis 1989, je suis dans la commerce et c’est à ce moment que l’on en profite pour faire notre affaire bien qu’on parvienne à écouler les cheveux même s’il n’y a pas de fête, parce que c’est un produit trop prisé par les femmes. C’est coûteux mais les femmes en raffolent et nous, nous sommes toujours prêts à renforcer la marchandise, nous allons les en offrir autant qu’elles en demanderont. Il y a des cheveux naturels frisés, raides avec ou sans feu, blondes, bruns, avec les teintures. Il est possible de changer la couleur selon sa convenance et son goût, mais le feu en couleur canitie est plus en vogue actuellement. Les prix varient selon les longueurs communément appelées pouce 28, 30, 32, 34 et c’est par touffe que l’on vend. Il faut au minimum deux touffes pour une tête et l’unité c’est minimum 55.000 F CFA ou 60.000fcfa par paquet ».

A côté une cliente se ravitaille en mèche synthétique et en cheveux humains. Aminata est une habituée de la place qui a son salon à Thiaroye sur mer.  «Je suis venu acheter des cheveux pour mes clients qui m’en demandent à l’approche de la Tabaski. J’étais déjà venue en chercher mais il me faut un stock que je préfère garder au cas où (…) Car, l’année dernière j’avais une rupture. Y’en a qui n’hésite pas de prendre à crédit mais cette année, je l’ai refusé vu qu’il y’a des filles qui ne m’ont toujours pas soldé. Concernant, la préparation de la fête, je conseille aux femmes d’avoir la tête sur les épaules. Ce n’est pas la peine de faire des folies pour un seul jour, non vraiment ce n’est pas la peine. C’est un jour qui passera vite et gare à celle qui n’en tire pas de bons souvenirs. Si on n’a pas de quoi se payer de ce fameux cheveu, on a qu’à acheter des greffages ou des mèches synthétiques et on peut faire avec de  jolies coiffures», narre la coiffeuse.
 
SOCIETE DU APPARAITRE
 
Le sociologue, Abdoulaye Bousso a donné son appréhension sur les attitudes qu’adoptent certaines personnes. «On a l’impression que l’aspect religieux est souvent laissé en rade à cause de l’aspect sociologique. Il y’a deux facteurs d’influence : au niveau interne, dans la famille, il y a un enjeu sociétal qui influence facilement la personne et la femme est le noyau familial. Facilement, elle peut influencer son époux à faire des prêts, faire des trocs par ci, par là rien que pour répondre à ses caprices. Elles font la tête alors qu’il y’a des hommes qui ne sont pas capables de résister à ces genres de situations. L’autre facteur, c’est la société. Par exemple, une femme dont la situation financière du mari s’est améliorée fera tout pour attirer l’attention de la société à travers son habillement. On calcule de trop le regard d’autrui. C’est le cas des célibataires qui, pour une histoire de tissu, accessoires chères et cheveux humains, elles n’hésitent pas à collectionner des petits copains d’où le « mbarann» rien que pour impressionner la société. Les médias aussi contribuent à l’influence parce que tout ce que l’on ne connaissait pas, on y prête attention une fois que l’on nous le fait savoir et si c’est beau aux yeux, c’est naturel que la personne veuille s’en procurer. Il y’a le phénomène de la solidarité qui commence à disparaitre. Vous voyez une personne qui achète un seul mouton d’un million au lieu d’en acheter plusieurs moins chers pour le distribuer aux pauvres qui peinent à acheter un mouton. Je pense qu’il faut recadrer la société pour la touche morale», a déclaré M. Bousso.
 
CE QUE DIT L’ISLAM
 
Pour autant, il n’y a qu’une seule exigence faite à un musulman pour remplir son devoir. L’imam de la mosquée de l’Ucad, Omar Sall revient sur les recommandations : «L’observation de la croissance lunaire est le premier point, une fois son apparition, le fidèle ne peut plus couper ni ses cheveux, ni ses ongles jusqu’au jour de l’Aïd El Kabir après l’immolation de la mouton. Le sacrifice commence par le chameau, ensuite le bœuf et vient le mouton et le bouc vient en derniere position. Si toutefois, le fidèle ne dispose d’aucun moyen pour se procurer l’un de ses animaux, en Islam, le sacrifice n’est plus une obligation pour lui. Concernant le bœuf et le chameau, des personnes peuvent cotiser pour en acheter un seul et s’acquitter de leur devoir musulman en immolant ce dernier. Mais, ceci n’est pas valable pour le mouton, chaque personne se doit un mouton. Celui qui est apte à être sacrifié doit avoir des cornes, être bien portant et ne doit souffrir d’aucun handicap excepté celui avec lequel il est né. Le prophète (PSL) dit que : «le musulman qui jeûne le jour de la tabaski et qui le rompe avec la viande du mouton immolé aura les mêmes récompenses que le prophète Ibrahima a eu quand il avait accepté la volonté de Dieu de sacrifier son fils Ismaël» et que l’acte a fini par être exercé sur le mouton que l’Ange Gabriel avait mis à la place du fils d’Ibrahim par la volonté de Dieu. La viande doit être partagée en trois portions : l’une pour la réserve familiale, la seconde doit être donnée en offrande ou distribuée aux voisins et la troisième doit être la consommation du jour de la fête».


Auteur: Amassaïde SENE - Sud Quotidien






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Commentaire (5)


Anonymeallemagne En Août, 2017 (18:11 PM) 0 FansN°: 1
De la mouton Way. Sa way yakamti nga bess bi dé ? :sunugaal:  :taala_sylla: 
Anonyme En Août, 2017 (22:08 PM) 0 FansN°: 2
bordel total rek rien de plus ...brûler tous ses cheveux qui inspirent la honte de tt un continent. .désordre fait par les vendeurs de moutons si ben fête bo xamni 98% xamouniou ndiarigne bi ...mises à jour daal baxneu si
Anonyme En Août, 2017 (06:56 AM) 0 FansN°: 3
Le problème dans tout ça est que ce sont les hommes qui donnent cet argent aux femmes pour acheter ces futilités.
Anonyme En Août, 2017 (11:58 AM) 0 FansN°: 4
mais le Wolof ne s’intéresse qu'aux futilités: khessal, habillement, musique, lutte..... C'est un peuple qui ne veut que paraître!
Anonyme En Août, 2017 (15:13 PM) 0 FansN°: 5
LES INDIENS FONT DES SACRIFICES EN COUPANT LEURS CHEVEUX JETTES DANS UN LAC ET MÊME UNE INDIENNE MORTE ON COUPE LES CHEVEUX ON LES VENDS ET LES INDUSTRIES LES TRAITENT POUR VENDRE NOS FILLES ET FEMMES SURTOUT SÉNÉGAL FAITE ATTENTION

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